vendredi 2 décembre 2016

La Princesse des glaces

Auteur :  Camilla LÄCKBERG
Editeur : Actes Sud
Collection : Babel Noir
Parution : 4 Mai 2012 (pour cette édition) 
Nombre de pages : 509




Erica Falck, trente-cinq ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d'une amie d'enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d'eau gelée. Impliquée malgré elle dans l'enquête (à moins qu'une certaine tendance naturelle à fouiller la vie des autres ne soit ici à l'œuvre), Erica se convainc très vite qu'il ne s'agit pas d'un suicide. Sur ce point - et sur beaucoup d'autres -, l'inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint. 

A la conquête de la vérité, stimulée par un amour naissant, Erica, enquêtrice au foyer façon Desperate Housewives, plonge dans les strates d'une petite société provinciale qu'elle croyait bien connaître et découvre ses secrets, d'autant plus sombres que sera bientôt trouvé le corps d'un peintre clochard - autre mise en scène de suicide. 

Au-delà d'une maîtrise évidente des règles de l'enquête et de ses rebondissements, Camilla Läckberg sait à merveille croquer des personnages complexes et - tout à fait dans la ligne de créateurs comme Simenon ou Chabrol - disséquer une petite communauté dont la surface tranquille cache des eaux bien plus troubles qu'on ne le pense.





Ce que j'en ai pensé


Pour une première incursion dans l'univers de Camilla LÄCKBERG, j'avoue que je suis sous le charme. La Princesse des glaces est un polar comme je les aime : avec une ambiance, des personnages attachants, et une enquête qui avance à son rythme, ni trop lent ni trop rapide.

Mais avant tout, je voudrais juste glisser un petit mot au sujet du livre lui-même, en tant qu'objet. C'était la première fois que je lisais un roman de la collection Babel Noir, et je tenais à dire que j'ai énormément apprécié la texture du papier, son épaisseur. Ce fut un vrai régal de toucher et de tourner ses pages. La couleur du papier également, était juste parfaite : pas trop blanche, mais pas jaune non plus.  Un blanc cassé très clair, qui a rendu ma lecture hyper confortable. Et ça, il me paraissait importer d'en parler.

Maintenant que c'est fait, revenons au contenu. 
Je dois dire que j'ai été immédiatement séduite, dès que l'auteur a évoqué le temps, la météo. Oui, on est en Suède et en hiver, donc il fait très froid, mais ici, ce qui m'a frappée, c'est l'abondance de soleil, de lumière. Et cela m'a plu tout de suite car c'est un temps que j'adore. Pendant la majeure partie du roman, le temps reste ainsi, beau et froid, et l'auteur décrit à de nombreuses reprises (mais très succinctement à chaque fois) le paysage autour de Fällbacka, qui m'a semblé tout simplement magnifique. La mer gelée sur laquelle brille le soleil, cela doit être une vision assez grandiose ! De même, quand elle décrit un intérieur, l'auteur insiste souvent sur l'aspect lumineux des pièces, sur l'ameublement sobre mais confortable, sur l'abondance de bois, comme matière première. Et tout cela réunit donne une impression de bien-être, de confort, qui m'a permis tout de suite de me sentir bien dans cet univers-là.

Ce qui m'a également plu, c'est la façon dont l'auteur présente les personnages. En quelques phrases, elle parvient à nous rendre un personnage extrêmement sympathique ou fortement détestable, quand ce n'est pas complètement ridicule, comme c'est le cas pour le commissaire Mellberg, véritable caricature de ce qu'un homme peut avoir de plus repoussant et insupportable :  bête mais qui se croit supérieur à tout le monde, fainéant ‒ qui fait faire tout le travail à ses subalternes et s'approprie tous les lauriers ‒, gras et laid mais qui se croit beau, macho et dragueur mais d'une façon dégoûtante et grossière, de mauvaise foi, coléreux... La liste est longue de tous les défauts de ce commissaire dont les policiers placés sous ses ordres se passeraient bien. A vrai dire, c'est le seul personnage du roman qui n'est pas crédible, tant il est caricatural et énervant. On n'a qu'une envie : qu'il disparaisse de l'histoire, et je me demande dans quel but l'auteur a  poussé aussi loin le grotesque, en ce qui le concerne. Même si c'était pour mettre en valeur Patrick, le véritable enquêteur de ce roman, ce n'était pas la peine d'aller aussi loin. Un chef dépassé par les événements et croulant sous la paperasse et les responsabilités, par exemple, aurait fait l'affaire. 

A l'opposé de ce commissaire si déplaisant, nous avons Patrick, justement, policier intelligent et compétent, rassurant dans sa simplicité, ouvert, gentil et patient. C'est le compagnon idéal et on se demande comment Erica a fait pour ne pas s'en rendre compte plus tôt. Mais à sa décharge, quand elle vivait encore à Fällbacka, elle était avec Dan, autre homme charmant jouant un rôle important dans l'histoire. Dan est grand, beau, sympathique, travailleur, doux... Leur histoire d'amour est finie, mais ils sont restés en très bons termes, et leur relation amicale fait plaisir à voir.
Je tiens à parler d'un autre personnage qui, bien que secondaire, m'a beaucoup plu : Annika, la secrétaire du commissaire Mellberg. Cette femme est vraiment adorable et d'une patience angélique envers son goujat de patron. Non seulement elle est performante dans son travail et rend des services inestimables à ses collègues masculins, leur faisant gagner un temps précieux, mais en plus, elle joue un peu le rôle de confidente "maternelle" pour eux, et ils l'adorent tous.

 En résumé, à part le commissaire si outrageusement représenté, les autres personnages sont dépeints de façon très juste et fine, et c'est une des forces de ce roman. Les descriptions physiques sont très visuelles et on n'a aucun mal à se les représenter, et les portraits psychologiques sont également précis et efficaces. Pas besoin de pages et de pages pour comprendre leur personnalité et leur caractère. Il suffit de quelques phrases, de quelques adjectifs, de quelques traits de visages, attitudes corporelles, mimiques ou réactions inconscientes pour que l'on sache rapidement à qui l'on a affaire. Et comme les secrets et non-dits sont au cœur de ce roman, la gestuelle et les expressions faciales des protagonistes sont très importantes. 

Car en fait, tout tourne vraiment autour des silences et du qu'en-dira-t-on, dans cette histoire. De l'importance de conserver les apparences à tout prix pour ne pas faire jaser. De ce que certaines personnes sont prêtes à faire ou à accepter pour ne pas être montrées du doigt. 

L'enquête, menée en parallèle et de deux façons différentes par Erica et Patrick, le policier, qui est amoureux d'elle depuis toujours, est prenante et bien rythmée. On ne s'ennuie pas, mais cela ne va pas à cent à l'heure non plus. Il n'y a pas un suspense de fou, on n'est pas dans un thriller, et c'est très bien comme ça. J'aime ces enquêtes relativement tranquilles, mais qui ne se traînent pas non plus. L'aspect relationnel entre les personnages est très important, et nos deux enquêteurs, l'un professionnel, l'autre poussé par les circonstances, forment un duo efficace, que leur idylle naissante renforce encore. A ce sujet, le côté "romance" est absolument charmant. Leur couple est mignon comme tout et on se surprend à espérer tout le long du roman que cela va marcher entre eux.

Les relations familiales sont également très importantes, dans ce roman. Que ce soit dans la famille d'Erica, qui se fait énormément de soucis pour sa sœur Anna, mariée à un homme autoritaire voire tyrannique, et ‒ peut-être même ‒ violent, ou dans les autres familles jouant un rôle dans cette histoire. Des familles dont les liens sont en apparence très forts mais qui sont en réalité tourmentés, déformés, voire brisés, par le poids des secrets, encore une fois. 

La plume de Camilla LÄCKBERG est très agréable, fluide et claire, précise, efficace. J'ai vraiment beaucoup aimé cette lecture et je compte lire prochainement les tomes suivants de cette série aux personnages principaux si sympathiques et attachants.



Conclusion : Un polar venu du froid très bien écrit, dont l'enquête est captivante sans être stressante, avec un aspect psychologique primordial et des personnages forts et extrêmement bien campés.
Une très belle découverte et pour moi, un nouvel auteur à suivre !

Ma note : 17/20






Lu en Lecture commune avec : Lianne




et dans le cadre du challenge :










1 commentaire:

  1. Chronique très sympa =)
    Tu résume bien ce que j'en ai pensé !
    Par contre je dois écrire la mienne dans les jours suivants et j'espère que j'arriverais à faire mes phrases maintenant xD (mais c'est pas bien grave xD)

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