mercredi 15 juin 2016

Les vents mauvais

Auteur : Michael MARSHALL
Editeur : J'ai lu
Collection : Thriller
Parution : 4 septembre 2011
Nombre de pages : 416








Après la mort inexplicable de son petit garçon, tué par une force invisible avant de sombrer dans le lac qui bordait leur maison, John Henderson a quitté la ville de Black Ridge. Trois ans plus tard, un appel téléphonique, pris tout d'abord pour une sinistre plaisanterie, le fait revenir sur les lieux de la tragédie. Cherchant des réponses au mystère qui a anéanti sa vie, John s'enfonce dans la petite bourgade malfaisante. Les vents venus de la forêt lui glacent le sang, les maléfices du lieu opèrent à nouveau...










Ce que j'en ai pensé



J'avais choisi ce roman un peu au hasard, parce qu'il faisait partie d'une sélection de livres gratuits dans le cadre d'une opération "2 achetés, 1 offert" et il s'est révélé être une très bonne surprise.


D'après la couverture ainsi que le résumé au dos, je m'attendais à une histoire sombre, à l'ambiance pesante, oppressante, et je n'ai pas été déçue !

Dès le prologue, le ton est donné. Un couple vit dans une maison au bord d'un lac entouré de sombres forêts, avec leurs deux garçons, l'un âgé de 4 ans, l'autre de 9 mois. S'étant aperçu de l'absence de l'aîné, ils commencent à le chercher partout et le retrouvent tout au bout d'un ponton de bois qui s'avance au-dessus du lac, leur tournant le dos. Fous d'angoisse, ils crient son nom, mais l'enfant ne réagit pas, ne se retourne pas. Enfin, quand le père arrive à quelques pas de lui, il se retourne doucement et le regarde comme s'il ne savait pas ce qu'il faisait là. Puis soudain, son visage se fige en un masque de terreur pure, il crie "non !" deux ou trois fois, et tombe raide mort. Les médecins légistes seront incapables de donner une cause du décès, l'enfant semblant être mort "comme ça".

L'intrigue elle-même se déroule trois après, lorsque le père du garçon reçoit un mail d'une mystérieuse femme qui semble terrorisée et lui dit savoir ce qui est arrivé à son fils. Dès lors, il retourne à Black Ridge, ville morne et éteinte du nord-ouest des Etats-Unis près de laquelle ils vivaient au moment du drame, pour tenter d'obtenir des réponses.




La première chose qui m'a frappée, en commençant ce roman, c'est à quel point, immédiatement, le personnage principal, John, m'a paru sympathique. Si la perte de son fils l'a complètement anéanti au départ, elle ne l'a pas rendu aigri ni misanthrope, comme cela arrive souvent dans les livres et les films. L'intrigue se déroulant trois ans après la tragédie, il a eu le temps de sortir un peu la tête de l'eau et il a acquis une sorte d'équilibre. Certes, il est parti vivre ailleurs, très loin, il a complètement changé de vie et de métier et est beaucoup plus solitaire qu'avant, mais il ne s'est pas fermé aux autres. Il est toujours capable de rendre service (et même de grands services !) aux gens qu'il apprécie. Au début du livre, sa façon de raconter les choses et ses réflexions intérieures sont même teintées d'une forme d'humour discret qui m'a fait sourire à plusieurs reprises.


"Je suis resté quelques minutes à discuter le bout de gras, sans apprendre grand-chose sinon que ma vision de l'humanité, pourtant moyennement optimiste, restait plus riante que certaines. Quand les opinions du gus concernant la politique locale, les homosexuels et les Amérindiens sont devenues trop déprimantes, je suis reparti vers l'hôtel."

Fait intéressant, la plus grosse partie de l'histoire est racontée à la 1ère personne du singulier, du point de vue de John, ce qui amène le lecteur a être complètement en empathie avec lui et qui a sûrement contribué à me le rendre encore plus attachant. D'autant plus que les quelques chapitres perçus du point de vue d'autres personnages sont écrits à la 3e personne, donc de façon beaucoup plus impersonnelle.
Et j'ai trouvé ce procédé d'écriture très astucieux de la part de l'auteur.


Et heureusement que John est vraiment très sympathique et sain, car tous les autres personnages, à l'instar de l'ambiance, sont assez sombres, voire carrément inquiétant, pour certains. Il y a ceux qui sont terrorisés on ne sait par quoi ou par qui, ceux qui semblent mener la danse et donnent franchement des envies de meurtre, et ceux qui semblent ne pas se rendre compte que quelque chose cloche dans cette ville, ou pire, dont on a l'impression qu'ils cachent volontairement un énorme secret sous des airs de normalité.

Les mots qui me viennent à l'esprit, en repensant à cette histoire, sont "paranoïa", "sensation de danger", "ambiance pesante"...

Plus John essaye de découvrir la vérité, et plus il sent qu'il gêne, que certains habitants deviennent hostiles, y compris la police locale, qui lui conseille de plus en plus fermement de laisser tomber et de partir.

On a un sentiment de conspiration, tout le long, et de menace qui plane. Très vite, on a l'impression que cette menace est partout présente, comme si elle faisait partie de l'air ambiant. On ne sait pas vraiment d'où elle vient, même si on comprend assez rapidement qui tire les ficelles, et il y a une atmosphère sulfureuse. Le doute est mis sur la nature même du danger : est-il d'origine humaine ou surnaturelle ?

Pendant tout le livre, on a un très fort pressentiment de piège en train de se refermer sur John et on a envie de lui dire de se tirer de là en vitesse. Plus son enquête avance, plus la tension monte, les événements se précipitent, des choses vraiment bizarres arrivent, plusieurs décès très étranges surviennent, les vérités se dévoilent, jusqu'au dénouement, où John est contraint de regarder l'incroyable réalité en face et de changer toutes ses certitudes pour pouvoir l'affronter.

L'écriture est très agréable, très fluide, et nous réserve même de très beaux moments. J'ai particulièrement apprécié un passage où John parle de son enfance, et en particulier de son père, et d'une habitude qu'ils avaient tous les deux. C'était très touchant, plein de tendresse et de nostalgie.
Je me souviens aussi d'un autre passage où l'auteur fait une très belle métaphore, comparant le quotidien à un parc d'attractions : ouvert et plein de monde et de lumières quand on vit pleinement et à fond, fermé et rouillé quand on retombe dans un morne train-train. J'ai beaucoup aimé cette image.

"Retomber dans la routine après s'être enivré d'adrénaline, c'est un peu mourir avant l'heure. D'un coup, l'avenir semble s'éteindre, et le quotidien ressemble au squelette rouillé d'un parc d'attractions fermé. Il ne bourdonne plus de rires et de bavardages, ne sent plus la crème solaire et la barbe à papa, ne brille plus de néons éblouissants. Ce n'est plus désormais qu'un terrain désert et silencieux, dont on continue cependant à chercher la sortie, et le parking où l'on sait qu'il ne restera qu'une seule voiture."


J'ai vraiment apprécié ce livre, d'autant plus que je ne m'y attendais pas vu les avis très mitigés que j'avais lu, et que je ne connaissais pas du tout l'auteur.



Conclusion : Un roman captivant, qui révèle toute sa saveur dès lors que l'on parvient à s'immerger totalement dans son ambiance sombre et oppressante, avec un personnage principal très sympathique et attachant.


Ma note : 17/20





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