vendredi 16 décembre 2016

La Conjuration primitive

Auteur : Maxime CHATTAM
Editeur : Pocket
Parution : 13 novembre 2014
Nombre de pages : 537 








Une véritable épidémie de meurtres ravage la France. 
Plus que des rituels, les scènes de crimes sont un langage. 
Et les morts semblent se répondre d’un endroit à l’autre. 
Plusieurs tueurs sont-ils à l’œuvre ? Se connaissent-ils ? 
Et si c’était un jeu ? 
Mais très vite, l’Hexagone ne leur suffit plus : l’Europe entière devient l’enjeu de leur 
monstrueuse compétition. 
Pour essayer de mettre fin à cette escalade dans l’horreur, une brigade de gendarmerie pas 
tout à fait comme les autres et un célèbre profiler, appelé en renfort pour tenter de 
comprendre. 
De Paris à Québec en passant par la Pologne et l’Écosse, Maxime Chattam nous plonge dans 
cette terrifiante Conjuration primitive, qui explore les pires déviances de la nature humaine.







Ce que j'en ai pensé



Ce qu'il y a de bien, avec Chattam, c'est que je ne suis jamais déçue ! C'est vraiment une valeur sûre, pour moi, et je sais que je peux acheter ses romans les yeux fermés.

Celui-ci ne déroge pas à la règle, car je suis ressortie enchantée de ma lecture. Bon, un peu secouée, mais enchantée quand même.

Oui, parce qu'il faut le dire, les romans de Chattam, dans l'ensemble, ce n'est pas pour les âmes sensibles ! Il faut avoir le cœur et les tripes bien accrochés, car vous en voyez de toutes les couleurs. Enfin... quand je dis "de toutes les couleurs", il y a surtout du rouge et du noir. Rouge comme l'hémoglobine qui coule à flots, et noir comme l'ambiance dans laquelle on est plongé. 

Ce roman-ci est tout à fait dans la même veine que sa trilogie du Mal (d'ailleurs, à la fin, on a droit à un gros gros clin d’œil à cette trilogie), sauf qu'il se passe en France. Et question noirceur, on était déjà bien servis, dans les trois romans de ladite trilogie.

Ici, on est donc aussi dans une histoire de tueurs en série, mais l'originalité, c'est que les meurtres se multiplient à une vitesse effarante et semblent tous liés entre eux par un mystérieux symbole, alors que visiblement, il y a plusieurs tueurs à l'oeuvre.  Et ça, c'est du jamais vu ! Normalement, les psychopathes sont des solitaires, des asociaux, ils ont chacun leurs propres fantasmes, leur propre "signature", leurs propres "méthodes", et jamais ils ne se réunissent. Là, on a bien des méthodes et des fantasmes différents, mais une même signature. Qu'est-ce que cela signifie ? 

Alexis, Ludivine et Segnon, les trois enquêteurs de la SR, la Section de Recherches chargée de résoudre ces meurtres innommables, ne savent plus où donner de la tête ni par quel bout démarrer leur enquête, tant il y a d'informations à gérer, à recouper et à décrypter à la fois. Pour les aider à démêler tout cela, ils vont faire appel au meilleur criminologue de France, Richard Mikelis. Le problème, c'est que celui-ci a pris sa retraite et s'est retiré loin de tout avec sa famille, à la montagne, et ne veut pas replonger dans l'horreur et la violence. Parce qu'il sait que pour arrêter un tueur, il faut rentrer dans sa tête, penser comme lui, et que c'est un exercice dangereux, car à trop côtoyer les abysses de l'esprit humain, on peut tout y perdre définitivement : son âme, sa santé mentale et les personnes que l'on aime.
 Par conséquent, son premier réflexe est d'opposer un refus ferme et sans appel à la demande des gendarmes. Mais devant l'ampleur du phénomène, il changera d'avis et apportera son concours à la brigade.
Une aide précieuse qui ne sera pas du luxe, tant la frénésie, la brutalité et le sadisme des meurtres les dépassent.

Le personnage de Mikelis est très fort, très charismatique. Que ce soit sa carrure charpentée, son regard gris et froid ou son assurance, il en impose à ses jeunes collègues (et au lecteur). Son immense expérience des psychopathes et sa capacité à décrypter leurs motivations et leurs fantasmes à partir des scènes de crime sont impressionnantes, voire flippantes parfois, et forcent le respect. Pour autant, il ne se pose pas en maître à penser ou en chef, et il conserve modestement et intelligemment sa place de consultant en toutes circonstances. Les enquêteurs de la section de recherche apprennent beaucoup de lui, et notamment comment on réfléchit à la manière d'un psychopathe, en arrivant à anticiper ce qu'il va se passer ensuite, sans pouvoir toujours l'empêcher, malheureusement.

J'ai beaucoup aimé Alexis, également. C'est un personnage très sympathique. Son intelligence, son instinct et sa persévérance en font un excellent flic. Quand il a une idée en tête, il va jusqu'au bout, vérifiant toutes ses intuitions personnellement, quitte à prendre de gros risques, surtout s'il pense que c'est une question de vie ou de mort pour quelqu'un.
C'est en quelque sorte le chef de sa brigade, mais il travaille autant, sinon plus, que ses collègues, et leurs relations à tous les trois sont celles de la franche camaraderie. Ou peut-être un petit peu plus, en ce qui concerne Ludivine...

Ludivine est une jeune femme forte, volontaire et indépendante. Ses intuitions sont moins fulgurantes que celles d'Alexis, mais elle est néanmoins un excellent flic. Célibataire, elle cumule les aventures, car après des déceptions, elle ne veut plus s'attacher. Le coup classique, quoi. Sauf qu'Alexis est un peu comme elle, sauf qu'ils vivent dans le même immeuble, sauf qu'à force de travailler ensemble et de vivre les mêmes choses, on est forcément sur la même longueur d'onde, alors ils vont fatalement finir par se rapprocher.
Un peu en retrait dans la première partie du livre, qui est surtout centrée sur Alexis, son personnage prend beaucoup plus d'importance dans les deux autres parties.
Du coup, on apprend à mieux  la connaître et à l'apprécier, et si elle nous paraissait un peu froide et sèche au départ, on se rend compte que ce n'est qu'une carapace, et qu'elle est beaucoup plus complexe et nuancée que cela.

Quant au troisième membre du groupe, c'est celui que l'on connaît le moins, car ayant femme et enfants, il s'investit moins dans l'enquête, pour passer du temps avec sa famille, dans la mesure du possible. De plus, c'est celui qui a le plus de mal à comprendre le profil psychologique les tueurs. Non pas parce qu'il manque d'intelligence, mais parce qu'il ne parvient pas à penser comme eux ni à suivre leur logique. Il a tendance à penser que ce sont juste des fous, point final. Ceci dit, il est d'une solidarité sans faille envers ses collègues, répondant toujours présent quand ils ont besoin de lui et risquant même sa vie pour eux, et il apporte sa contribution à l'enquête en vérifiant des points de détails qui le tracassent et qui peuvent s'avérer d'une importance cruciale.

L'histoire en elle-même est très bien pensée et très bien menée, comme toujours avec Chattam, et bien plus complexe que l'on s'y attendait au départ. On va de surprises en rebondissements, d'horreurs en ignominies, et plus l'enquête avance, plus on se demande où tout cela va nous mener. La réponse est : en enfer. Pas l'enfer avec les diables et les flammes, bien sûr, mais l'enfer de la folie humaine, de la laideur et de la perversion morale poussées à l'extrême et érigées en philosophie de vie. 

C'est noir, c'est terrifiant, c'est glauque et même gore, mais qu'est-ce que c'est bien écrit ! L'auteur nous prend dans ses filets dès les premières lignes et ne nous lâche plus jusqu'à la fin, nous laissant à peine respirer entre deux scènes d'action, ou entre deux découvertes macabres et insupportables de bestialité. Si on se laisse aller à imaginer le calvaire qu'ont vécu les victimes, il en résulte un profond sentiment d'horreur et de compassion pour elles. Et bien sûr, comme l'auteur est très fort et très machiavélique, tout est fait pour qu'on se représente parfaitement les scènes, car c'est tellement plus efficace et plus frappant, quand le lecteur est complètement dans l'empathie ! Ce sont les moments que, personnellement, j'ai trouvé les plus difficiles à lire. 

Heureusement pour moi, ce que je crains le plus dans les thrillers - à savoir les passages où l'on voit directement le tueur à l'oeuvre, mais où l'on est dans la tête de la victime ou bien en simple spectateur impuissant - m'a été épargné dans ce roman. Hélas, les descriptions des corps sont tellement détaillées et les reconstitutions du criminologue tellement crues et précises, que c'est presque comme si on avait assisté à leur lente agonie. Quand il analyse ainsi une scène de crime, il entre dans un état proche de la transe, et parvient  à visualiser  la chronologie des événements et la façon dont le tueur a procédé presque comme s'il visionnait un film.

Ces démonstrations des facultés exceptionnelles de Mikelis sont impressionnantes et passionnantes, car c'est là que le talent de Maxime Chattam apparaît dans toute sa splendeur. On sent qu'il est dans son élément, là, qu'il maîtrise son sujet sur le bout des doigts, et du coup, malgré la répugnance et l'épouvante que cela nous inspire, on est subjugué, fasciné, ravi. Personnellement, les raisonnements et déductions des profilers, je ne m'en lasse pas, surtout quand c'est aussi bien fait.

Vous l'aurez compris, j'ai pris un immense plaisir à lire ce livre, même s'il m'a un peu remué les tripes, et je compte m'attaquer à sa suite bientôt (mais pas tout de suite quand même, je vais laisser passer un peu de temps, histoire de me remettre de mes émotions).



Conclusion : Un très bon Chattam, bien noir, bien gore et bien flippant - âmes sensibles, s'abstenir - mais extrêmement bien écrit, mené et maîtrisé. De l'action, des émotions de toutes sortes, du suspense, du profilage... Tout ce qu'on aime chez Chattam ! 


Ma note : 17/20






Rentre dans le cadre du challenge :









3 commentaires:

  1. Un excellente chronique encore une fois! Tu retranscris très bien ce que l'on ressent lors de cette lecture et comment sont perçus les personnages. Je suis tout à fait d'accord avec toi pour Mikelis et Alexis. J'ai malheureusement un peu moins accroché au personnage de Ludivine, je ne sais pas trop pourquoi. Cette trilogie, car cela en sera une d'après ce que Maxime Chattam a déclaré, ne remplace tout de même pas la Trilogie du Mal dans mon coeur. Difficile de créer un meilleur personnage que Joshua Brolin. Et puis il y a quelque chose dans cette série qui m'embête un peu. Mais ça je te le dirai quand tu auras lu le 2ème tome ;)
    Callysse

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    1. Pareil pour moi : j'ai moins accroché au personnage de Ludivine qu'à celui d'Alexis.
      Et d'accord aussi pour la Trilogie du Mal et Joshua Brolin. J'avais tellement aimé ce personnage !
      Je devrais bientôt lire la Patience du diable, normalement. Peut-être que j'aurai le même ressenti que toi au sujet de ce qui t'embête. ;-)
      Merci pour le commentaire ! <3

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  2. Oui on verra bien ;) Après j'attends de lire le dernier tome pour voir si ce qui m'embête s'y trouve aussi (lorsqu'il sera écrit et publié en poche^^)
    De rien!
    Callysse

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